_______ Supertramp________





Le groupe a été constitué en 1969 à l’initiative d’un millionnaire néerlandais, Stanley August Miesegaes, qui avait rencontré Richard Davies dans un club à Londres. Celui-ci, un provincial d’abord tourné vers la batterie de jazz, a découvert le rock’n’roll à la fin des années 50 et participé comme batteur à des groupes instrumentaux à la Shadows avant de créer comme organiste au milieu des années 60 sa propre formation de blues. Bientôt sans travail, il «fait la route», comme on dit alors, à travers l’Europe avec une bande de musiciens et d’artistes désoeuvrés. C’est alors qu’il rencontre son mécène. Celui-ci lui donne pour mission, avec des moyens substantiels, de recruter — ce qu’il fait via les petites annonces du Melody Maker — les meilleurs musiciens possibles pour un projet de groupe dans l’air du temps, censé fondre musique progressive et musique classique. Se manifeste alors le chanteur et guitariste Roger Hodgson, alors amateur de Traffic, et deux musiciens qui ne resteront pas. Le premier album (sans titre, 1970, chez A & M comme les suivants), de Supertramp, dont le nom est issu d’un livre, Autobiography Of A Supertramp, révèle surtout un groupe en quête de sa formule. C’est un disque agréable, auquel le timbre acide de Roger Hodgson donne déjà un cachet particulier, mais il a les défauts de son temps (de longs solos qui ont assez mal vieilli) ; les compositions, pour délicates qu’elles soient, n’ont rien qui les distingue. Des quatre musiciens d’alors, seuls Davies et Hodgson demeurent de cette première expérience. Assistés du saxophoniste Dave Winthrop (né le 27-11-1948), du bassiste Frank Farrell et du batteur Kevin Currie, ils enregistrent l’album Indelibly Stamped (1971). La musique se fait moins précieuse et plus rude, mais le disque ne retient l’attention que pour sa pochette représentant un buste de femme tatoué. Peu satisfait du résultat de son opération, le mécène se désengage et, suite à quelques concerts catastrophiques, Supertramp éclate. Davies et Hodgson restent à nouveau seuls pour constituer une nouvelle équipe. Ils recrutent le saxophoniste John Helliwell (un musicien fortement influencé par Coltrane et la fusion avant la lettre de «Cannonball» Adderley) et le bassiste Dougie Thomson, tous deux anciens membres de l’Alan Bown Set, ainsi que le batteur Bob C. Benberg, venu du groupe de pub-rock Bees Make Honey. Ils enregistrent quelques dernières maquettes mais, bientôt ruinés, doivent vendre leurs instruments. Roger Hodgson songe alors à tout abandonner pour partir pour l’Inde.



Le miracle surviendra in extremis. Début 1974, le responsable d’A & M rappelle les musiciens pour leur dire que leurs dernières maquettes lui plaisent. Supertramp a alors cinq mois pour peaufiner Crime Of The Century, publié en 1974. Les musiciens se sont alors jurés de se séparer si le succès n’est pas là. Tout le style de Supertramp s’y révèle déjà en place : prédominance des claviers, tempos syncopés, parfum de jazz, alternance au chant de Davies et de Hodgson, avec la tension et l’apparente fragilité caractéristiques de la voix de ce dernier ; les mélodies sont écrites et interprétées avec une très grande précision. Riche en titres devenus depuis des classiques («Dreamer», un n°13 britannique en 1975, «School», «Bloody Well Right»), cet album se vendra par millions. Il restera très longtemps la base du répertoire scénique des musiciens qui, pendant des années, en joueront les morceaux dans l’ordre de l’album. Le disque suivant, Crisis ? What Crisis ? (1975), pourtant excellent selon ces critères, aura moins d’impact, se vendant surtout à long terme. En 1977, Supertramp trouve avec «Give A Little Bit» le tube que les radios diffuseront à outrance : l’album dont il est extrait, Even In The Quietest Moments, est encore une fois un grand succès, et l’ambitieux «Fool’s Overture» passe souvent pour le meilleur morceau de toute la carrière de Supertramp.



En 1979, Supertramp atteint son apogée avec Breakfast In America, son album le plus pop, qui s’est vendu à ce jour à quelque 20 millions d’exemplaires. Quatre 45 tours en sont extraits, dont le fameux «The Logical Song» et «Take The Long Way Home» qui triomphent dans les classements du monde entier ; encore la pièce de résistance, «Child Of Vision», n’est-elle pas exploitée sous ce format. Comme Supertramp s’applique sur scène à reproduire note pour note ses enregistrements en studio, on peut s’interroger sur la pertinence de l’album Paris (1980), un disque agréable, mais franchement superflu. En 1982, Supertramp revient avec ... Famous Last Words..., un album moins chatoyant, plus influencé par le rhythm’n’blues, et qui ne renouvellera pas l’exploit de Breakfast In America. Fin 1982, un séisme se produit avec le départ de Roger Hodgson, qui apprécie peu cette nouvelle orientation imprimée par Davies. Sa voix haut perchée était essentielle à l’identité de Supertramp, qui souffrira beaucoup de cette perte. Hodgson enregistrera deux albums solo respectables, In The Eye Of The Storm (1984), qui connaît un succès d’estime, et Hai Hai (1987), qui passe à peu près inaperçu. Il reviendra brièvement le temps d’assurer la promotion de la compilation The Autobiography Of Supertramp (1986), une excellente vente au Royaume-Uni. A la suite du départ de Hodgson, Richard Davies prend seul la direction du navire mais, inévitablement, Brother Where You Bound (1985) et Free As A Bird (1987) accuseront une baisse sensible de qualité ; le second album est un échec commercial si cuisant qu’il provoque la dissolution du groupe (Supertramp Live 88 n’entrera d’ailleurs même pas dans le Top 100 britannique). Toutefois, en 1997, Richard Davies, John Helliwell et Bob C. Benberg se réuniront pour enregistrer avec quelques musiciens de studio It’s About Time (EMI), qui les réconciliera avec leur public. L’album ne soutient certes pas la comparaison avec ceux qui ont fait la réputation de Supertramp dans les années 70, mais il est sauvé par un «It’s A Hard World» qu’on croirait échappé d’un disque de Pink Floyd et, surtout, par le gospel «Where There’s A Will». La tournée qui s’ensuivit a confirmé ce retour en grâce. Roger Hodgson a publié à la même période l’album live Rites Of Passage. The Very Best Of Supertramp, Vols 1 & 2 propose une assez bonne sélection des meilleurs morceaux, mais il est permis de préférer à ces deux compilations les quatre albums originaux de la période 1974-1979. Au printemps 1999, Supertramp a publié le double CD live It Was The Best Of Times.



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